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27 octobre 2026
5 minutes

Réarmement : quelle est la santé économique et financière des fabricants français d'armes et de munitions ?

Dans un contexte d'accélération du réarmement, l'industrie française des armes et munitions connaît une forte croissance, mais doit relever d'importants défis financiers et industriels. À travers une nouvelle étude, ELLISPHERE décrypte la structure du secteur, la santé financière des entreprises, l'évolution de leur rentabilité et les enjeux de financement liés à la montée en cadence. Une analyse enrichie par les regards croisés de quatre experts de la défense, de l'industrie et du financement.

Une activité très concentrée, des industriels en forte croissance, mais une rentabilité opérationnelle sous pression au moment où les besoins d’investissement augmentent.

Dans un contexte de hausse des dépenses de défense et d’accélération des commandes, ELLISPHERE, spécialiste de l’information économique, financière et légale sur les entreprises, publie une étude consacrée à la fabrication d’armes et de munitions en France.

Au-delà de la progression des budgets militaires et des carnets de commandes, ELLISPHERE s’est intéressé à la réalité économique des entreprises de cette activité : comment se structure le tissu industriel ? Quelle est leur santé financière ? Et ont-elles les moyens de financer leur montée en cadence ?

L’analyse porte sur les entreprises relevant du code APE 2540Z « Fabrication d’armes et de munitions ». Ce périmètre comprend aussi bien des industriels travaillant pour la défense que des entreprises tournées vers les marchés civils de la chasse, du tir sportif et de l’armurerie. Il met en évidence un coeur industriel extrêmement concentré et globalement solide, engagé dans une phase de changement d’échelle qui accroît les besoins d’investissement et de financement.

Pour compléter cette analyse économique et financière, ELLISPHERE a réuni les contributions de quatre spécialistes de la défense, de l’industrie de l’armement et du financement : Jean-Paul Paloméros, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air et ancien commandant suprême pour la transformation de l’OTAN ; Stéphane Mortier, président d’OPLAA.tech ; Henry de Harenne, directeur de la communication et membre du comité de direction de FN Browning Group ; et Olivia Noirot-Nerin, directrice de fonds Dette Corporate chez Sienna. Leurs points de vue éclairent les transformations industrielles, les enjeux de souveraineté et les perspectives de financement du secteur.

17 entreprises concentrent 99,5 % du chiffre d’affaires déclaré de l’activité

À fin juillet 2026, ELLISPHERE recense 176 entreprises relevant de cette activité. Parmi les 78 entreprises ayant publié ou déclaré un chiffre d’affaires, 17 concentrent à elles seules 99,5 % du chiffre d’affaires de l’activité. Derrière le nombre d’entreprises se dessine ainsi une très forte concentration de l’activité autour de quelques grands industriels.

Cette concentration se retrouve dans l’emploi. L’Île-de-France et le Centre-Val de Loire concentrent à elles seules 84,4 % des salariés recensés dans l’activité, dont 43,8 % au Plessis-Robinson et 24,1 % à Bourges.

Les principaux industriels connaissent parallèlement une forte accélération de leur activité. En 2025, MBDA France affiche un chiffre d’affaires supérieur à 3 milliards d’euros, en hausse de 8,6 %, tandis que celui de KNDS Ammo France progresse de 42,8 %, à 528,2 millions d’euros. La production de missiles balistiques de MBDA a par ailleurs doublé entre 2023 et 2025.

Cette montée en puissance s’accompagne de défis industriels et technologiques majeurs. Comme le souligne Jean-Paul Paloméros, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air et ancien commandant suprême pour la transformation de l’OTAN : « L’intégration des IA, la production de masse, la maîtrise des technologies d’impression additives, la capacité d’adaptation réactive, la performance des chaînes logistique et de Maintien en Condition Opérationnelle sont autant de défis à relever par l’industrie de défense. ».

Une situation financière globalement solide…

L’analyse d’ELLISPHERE fait apparaître un niveau de risque globalement limité au sein de la population étudiée. Selon les scores de risque d’ELLISPHERE, 63,1 % des entreprises présentent un risque de défaillance faible à quasi nul et 20,5 % un risque moyen à faible. Au total, 83,6 % affichent donc un profil de risque favorable.

L’analyse financière, réalisée sur les 58 entreprises disposant de comptes exploitables, fait également ressortir des indicateurs de liquidité satisfaisants. En 2024, le ratio de liquidité réduite s’établit à 1,3 pour les TPE et 1,4 pour les PME, signifiant que l’actif disponible couvre le passif exigible à court terme. Le niveau de capitaux propres demeure par ailleurs élevé.

…mais une génération de cash qui s’érode

Derrière cette solidité apparaît toutefois un point de vigilance. En 2024, le ratio EBE/chiffre d’affaires s’établit à 7 % pour les TPE et 5 % pour les PME, contre respectivement 14 % et 10 % en 2021. Cette dégradation des marges opérationnelles mérite une attention particulière dans une activité industrielle nécessitant d’importants investissements.

Elle intervient au moment où les principaux industriels doivent accélérer leur production, augmenter leurs stocks, recruter et investir dans de nouvelles capacités.

Le paradoxe est donc celui d’une croissance de l’activité qui peut s’accompagner d’une augmentation des besoins de financement.

« Dans un secteur porté par une forte augmentation de la demande, regarder uniquement les carnets de commandes ne suffit pas. La montée en cadence mobilise de la trésorerie, augmente les besoins en fonds de roulement et suppose d’engager des investissements parfois très importants. L’information économique permet de regarder derrière la croissance pour évaluer la capacité réelle des entreprises à l’absorber dans la durée. », explique Max Jamot, responsable du pôle économique chez ELLISPHERE.

Produire davantage implique de financer davantage

La hausse des commandes peut faire évoluer la nature des risques financiers. Une entreprise peut rencontrer des tensions de trésorerie non parce que son activité se détériore, mais au contraire parce qu’elle doit financer rapidement sa croissance : augmentation du besoin en fonds de roulement, nouvelles capacités de production, stocks et investissements technologiques.

Olivia Noirot-Nerin, directrice de fonds Dette Corporate chez Sienna, confirme ce constat : « En revanche, nous constatons aujourd’hui un besoin d’investissement et de cash particulièrement important, notamment sous l’effet de la croissance et du besoin en fonds de roulement. ».

L’enjeu est particulièrement important pour les PME et les entreprises de taille intermédiaire. Les grands groupes disposent généralement d’un accès plus diversifié aux financements. Pour les entreprises de taille plus modeste, la structure du bilan, le niveau d’endettement et les performances financières restent déterminants pour mobiliser les capitaux nécessaires à leur développement.

Parallèlement, le regard des financeurs évolue. Banques, investisseurs institutionnels, fonds de Private Equity, assureurs et mutuelles manifestent aujourd’hui un intérêt croissant pour la défense, même si certaines catégories d’armement continuent de faire l’objet de restrictions ou d’exclusions.

Connaître la solidité de l’ensemble de la chaîne industrielle

À ces besoins financiers s’ajoute une caractéristique structurelle du secteur : le temps long. Les appels d’offres peuvent s’étaler dans la durée, les chaînes de sous-traitance comportent plusieurs niveaux et les industriels peuvent être amenés à investir avant de disposer d’une visibilité complète sur le calendrier des commandes.

Dans un environnement où toute la chaîne doit produire davantage et plus rapidement, la connaissance de la santé économique et financière des fournisseurs, sous-traitants et partenaires devient ainsi un enjeu essentiel pour sécuriser la montée en cadence.

Cette transformation appelle également des partenariats industriels plus durables. Henry de Harenne, directeur de la communication et membre du comité de direction de FN Browning Group, souligne : « Ces contrats offrent aux industriels une visibilité permettant des investissements importants dans de nouvelles capacités de production, comme c’est le cas de FN BROWNING GROUP en France. Ils contribuent également au développement d’écosystèmes industriels locaux, mobilisant un large réseau de fournisseurs et de sous-traitants régionaux. »

Souveraineté : sécuriser les capacités de production et les approvisionnements

Au-delà de la croissance des volumes, le réarmement pose la question de la maîtrise des capacités industrielles et des composants stratégiques. Le cas des munitions de petit calibre illustre ces enjeux : la France doit reconstituer des capacités de production tout en organisant ses partenariats avec des industriels européens.

Stéphane Mortier, président d’OPLAA.tech, résume cet impératif : « La souveraineté munitionnaire suppose la maîtrise simultanée du produit, de ses composants, de ses machines et du droit. La perte de l’un de ces quatre éléments rend les trois autres conditionnels. »

Un écosystème de défense qui dépasse les industriels traditionnels

L’étude rappelle enfin que la fabrication d’armes et de munitions ne représente qu’une partie de l’écosystème français de défense.

La transformation des conflits fait émerger de nouveaux acteurs dans les drones, l’intelligence artificielle, les logiciels ou les capteurs, souvent enregistrés sous d’autres codes d’activité. L’étude cite notamment Harmattan AI, Alta Ares, Delair ou Tekever.

Cette évolution rend plus poreuse la frontière entre industriels traditionnels de l’armement et entreprises technologiques. Elle souligne également la nécessité de disposer d’une information économique capable d’appréhender l’ensemble de la chaîne industrielle, au-delà des seules classifications sectorielles.

ÉTUDE SECTORIELLE · OCTOBRE 2026

Défense française : fabrication d’armes et de munitions

Couverture de l’étude sectorielle ELLISPHERE sur la fabrication d’armes et de munitions

Découvrez notre analyse des enjeux économiques, financiers et industriels du secteur, entre innovation, financement et souveraineté.

Télécharger l’étude complète →
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