Article
5 octobre 2026
5 minutes

Délais de paiement : regards croisés sur les tendances et réalités des entreprises en 2026

Entre amélioration des indicateurs, tensions de trésorerie et nouveaux enjeux liés à la facturation électronique, décryptage des comportements de paiement des entreprises.

Après plusieurs années de dégradation, les comportements de paiement des entreprises françaises montrent des signes d’amélioration en 2026. Mais derrière cette tendance globale, les situations restent très contrastées selon la taille des entreprises, les secteurs d’activité et les tensions de trésorerie auxquelles elles sont confrontées.

À l’occasion d’un webinaire organisé par les Assises des délais de paiement et des financements, en partenariat avec l’AFDCC et la FIGEC, Mikael Delaporte, Responsable du pôle Expériences de paiement chez ELLISPHERE, et Alenka Premrl, Comptable au sein du Groupe Adéquat, ont confronté leurs analyses : d’un côté, les données permettent d’identifier les grandes tendances du marché, de l’autre, l’expérience terrain révèle les signaux parfois très concrets qui précèdent les difficultés de paiement.

Les comportements de paiement s’améliorent-ils réellement en 2026 ?

Mikael Delaporte :
Le premier trimestre 2026 marque une nette amélioration après plusieurs années de détérioration. Cette évolution est notamment portée par le secteur de la Construction. Toutes activités confondues, il est aussi principalement le fait des grandes entreprises.

Chez ces dernières, la proportion de factures payées à échéance est ainsi passée de 30,17 % fin du 1er trimestre 2026 à 37,38% fin juillet 2026. C’est une amélioration notable, même si le niveau reste encore insuffisant : moins d’une facture sur trois est réglée dans les délais.

Les premiers éléments observés pour le deuxième trimestre semblent confirmer cette amélioration, même s’il faut encore disposer de davantage de recul pour parler d'une tendance durable.

Alenka Premrl :
Sur le terrain, la situation reste très contrastée. Chez Groupe Adéquat, nous sommes relativement peu exposés aux TPE. Les difficultés se concentrent davantage sur les PME, qui représentent une part très importante de nos menaces de sinistre.

Nous constatons notamment des retards supérieurs à 30 ou 60 jours. Certains comportements doivent alorsnous alerter : un client qui explique attendre lui-même le règlement de ses propres clients, des décalages successifs de paiement ou encore des changements répétés de mode de règlement.

Ce sont autant de signaux qui peuvent révéler des tensions de trésorerie chez nos clients.

TPE, PME, ETI : les mêmes retards ne racontent pas la même histoire

Mikael Delaporte :
La taille de l’entreprise est déterminante dans l’analyse du comportement de paiement.

Les TPE restent globalement les entreprises les plus vertueuses. Elles règlent une proportion nettement plus importante de leurs factures à échéance que les ETI et les grandes entreprises.

Cela s’explique notamment par des processus administratifs moins complexes, mais également par un rapport commercial différent. Une petite entreprise dépend souvent directement de ses fournisseurs pour poursuivre son activité.

Mais cette situation implique aussi une vigilance particulière : une TPE paie habituellement correctement ses factures, l’apparition soudaine d’un retard ou d’un incident de paiement peut constituer un signal beaucoup plus significatif que pour les autres catégories d’entreprises.

À l’inverse, pour une grande entreprise ou une ETI, un incident isolé n'est pas nécessairement synonyme de difficulté financière. Il faut observer plusieurs indicateurs simultanément : l’allongement progressif des délais, l’augmentation de la proportion de factures payées en retard ou encore l’accumulation d’incidents.

Alenka Premrl :
C’est effectivement ce que nous constatons. Pour les très grandes entreprises, les retards de paiement sont souvent davantage liés aux processus internes qu’à des problèmes de trésorerie.

Une anomalie administrative, même minime, peut bloquer le règlement d’une facture importante. Il faut donc distinguer le retard lié à une difficulté financière du retard provoqué par les procédures de traitement des factures.

Quels secteurs nécessitent aujourd’hui le plus de vigilance ?

Mikael Delaporte :
L’analyse sectorielle fait apparaître des écarts importants.

Le commerce, l’industrie manufacturière et l’agriculture figurent parmi les secteurs présentant les retards moyens les plus faibles, respectivement de 11,4, 12,3 et 12,8 jours fin juillet 2026. À l’inverse, la santé et l’action sociale atteignent environ 19,6 jours, tandis que l’hébergement-restauration se situe autour de 19,5 jours sur la même période.

Dans la santé, le poids des hôpitaux publics joue fortement sur le résultat. Certains acteurs peuvent être confrontés à des encours très importants et à des délais particulièrement longs.

Il faut néanmoins toujours mettre les données sectorielles en perspective avec la structure du secteur. Un secteur composé majoritairement de TPE ne présente pas nécessairement les mêmes comportements qu’un secteur concentrant de grandes entreprises.

Alenka Premrl :
De notre côté, le bâtiment concentre une grande partie de nos difficultés : environ 73 % de nos menaces de sinistre, c’est-à-dire des retards dépassant 60 jours.

Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer : les délais associés aux marchés publics, la fragilité financière de certaines petites structures, mais également la volatilité du prix des matières premières et de l’énergie.

Lorsqu’une entreprise s’est engagée sur un contrat dont les prix ne peuvent pas être révisés et que ses coûts augmentent fortement, ses marges peuvent rapidement se réduire. La trésorerie est alors directement affectée.

Toutefois aujourd’hui, la vigilance ne peut plus se limiter à un seul secteur. Nous observons également des difficultés dans l’agroalimentaire, la chimie ou encore la logistique, avec parfois des défaillances d’entreprise de taille importante.

Quels signaux doivent alerter avant un impayé ?

Les analyses d’ELLISPHERE et l’expérience du Groupe Adéquat convergent sur un point : un retard de paiement doit être analysé dans son contexte. Un changement soudain dans les habitudes de règlement peut être plus révélateur que le retard lui-même.

Alenka Premrl :
Sur le terrain, nous regardons notamment les changements de comportement. Lorsqu’un client payait jusqu’ici régulièrement et commence à décaler ses règlements, à changer fréquemment de mode de paiement ou à invoquer les retards de ses propres clients, ce sont des éléments à surveiller.

Le plus difficile reste parfois la rapidité avec laquelle la situation peut évoluer. Certaines entreprises peuvent sembler relativement solides puis connaître des difficultés importantes dans un laps de temps très court.

Mikael Delaporte :
C’est précisément pour cela qu’il faut croiser les signaux. L’évolution du retard moyen, la proportion de factures payées en retard et l’apparition d’incidents permettent d’avoir une lecture beaucoup plus pertinente du risque.

L’enjeu n’est donc pas seulement de constater qu’une entreprise paie en retard, mais de détecter une dégradation de son comportement de paiement.

Facturation électronique : un accélérateur… après une phase de transition délicate

La généralisation de la facturation électronique constitue également un changement majeur pour les entreprises.

À terme, elle devrait permettre de fluidifier les échanges, d’améliorer la traçabilité des factures et de réduire une partie des retards liés aux processus administratifs.

Mais la phase de déploiement pourrait elle-même générer des difficultés.

Mikael Delaporte :
Les premiers retours montrent qu’une base clients insuffisamment mise à jour, avec des données inexactes, peut entraîner de nombreux rejets de factures. Or chaque rejet implique une vérification, une correction puis une nouvelle émission.

À l’échelle de plusieurs dizaines de milliers de factures, quelques jours supplémentaires avant émission peuvent avoir un impact significatif sur le besoin en fonds de roulement.

La qualité des données clients et la préparation des processus deviennent donc essentielles.

Alenka Premrl :
Les retours de nos implantations européennes vont dans ce sens. En Belgique notamment, le démarrage a été marqué par des difficultés d’adressage et des factures non réceptionnées ou rejetées.

Pour Groupe Adéquat, la préparation représente également un chantier important compte tenu du volume et du nombre d’adressages à créer.

Vers une amélioration durable ?

Les premiers indicateurs de 2026 sont encourageants, mais ils ne suffisent pas encore à conclure à une amélioration structurelle des comportements de paiement.

Entre tensions de trésorerie, multiplication des défaillances, complexité administrative et arrivée de la facturation électronique, les entreprises évoluent dans un environnement complexe et contraignant où la capacité à détecter rapidement les changements de comportement devient toujours plus déterminante.

La donnée de paiement prend alors toute sa valeur lorsqu’elle est replacée dans son contexte : taille de l’entreprise, secteur d’activité, historique des règlements et évolution récente des incidents.

C’est le croisement de ces informations avec la connaissance terrain qui permet d’identifier les signaux faibles, d’anticiper les difficultés et de mieux sécuriser ses relations commerciales.

Facturation électronique

Anticipez les évolutions liées à la facturation électronique et découvrez comment ELLISPHERE vous accompagne.

Découvrir la solution →

Assises des délais de paiement

Participez à la plénière nationale des Assises des délais de paiement et des financements.

S'inscrire à la plénière →
À voir également

Dans la même catégorie

Vous pourriez aussi aimer ces articles

Outils d'accessibilité